Le devoir de vérité

21 décembre 2011

En lisant le journal « ASSABAH » du vendredi 16 décembre 2011, j’ai été stupéfait par la déclaration suivante de Mr BENKIRANE, chef du futur gouvernement marocain : « ce que le Roi m’a dit est strictement privé ». De qui se moque t’on ? Quelle mouche a piqué notre chef de gouvernement ? N’a t-il rien compris ? Est-il « à côté de la plaque » ?

Rude affaire pour Monsieur BENKIRANE qui n’a aucune expérience de la chose publique, et dont le credo a toujours été celui-ci : « s’opposer sans proposer ! « . Cette fois, il va devoir s’impliquer, informer l’opinion publique marocaine et mettre fin à ses pratiques hasardeuses. D’autant plus rude affaire que les problèmes sont là, bien là et sont désormais devenus, par la magie du jeu démocratique, les siens et non ceux d’un gouvernement qui lui suffisait simplement de critiquer pour briller. L’exercice du pouvoir impose très vite de regarder la vérité en face.

Le Maroc est en crise et il convient de préciser que ce n’est pas essentiellement la crise sociale et économique qui a fait le lit du PJD (Parti de la Justice et du Développement) mais la crise politique : une crise du lien politique dans toutes ses dimensions, d’institutions monarchiques fatiguées, en passant par les maux divers dont souffrent la société marocaine.

Cette crise du lien politique se nourrit évidemment du mensonge, du non-dit, des cachotteries auxquelles veut se livrer le chef du gouvernement, etc… Mr BENKIRANE n’a pas compris que sa Majesté le Roi, Mohammed VI, l’a reçu à titre public et non privé.

La priorité du gouvernement de Mr BENKIRANE doit aller à la reconstruction du lien politique de haut en bas et de bas en haut. Cela ne résoudra pas tous les problèmes d’une société marocaine bousculée par le rythme élevé et accéléré de la mondialisation ; mais il n’y a pas d’autre alternative sérieuse pour changer la donne, restaurer la confiance, créer le mouvement, renverser la situation et faire renaître le désir de rêver et  faire du rêve une réalité. Le Maroc est certes en crise mais c’est un pays jeune, enthousiaste, prêt à  libérer le meilleur de lui-même  pour peu qu’on lui montre la voie.

La victoire du PJD n’est pas un simple incident de parcours ; un nouvel épisode de notre apprentissage démocratique a commencé, à charge pour nous tous de faire en sorte que la fin du film renforce l’état de droit. Cela fait partie du combat que notre jeune démocratie va désormais devoir livrer avec délicatesse si elle veut éviter que le « rêve » des amis de BENKIRANE ne se transforme en « cauchemar » pour le reste des marocains.

La coalition formée par les islamistes doit être l’occasion de renforcer la pratique démocratique, loin des petits jeux de règlement de comptes avec les anciens adversaires politiques. Bref, le PJD devra résister à la tentation de transformer une grande victoire politique en petite opération politicienne. S’il devait y céder, nous serions en droit d’exiger la démission de Monsieur BENKIRANE en lui demandant gentiment mais fermement de « dégager ».

Lors de la composition du gouvernement, Monsieur BENKIRANE ne doit pas se laisser déborder par les attentes et les sollicitations des uns et des autres. Un temps d’apaisement et de décantation lui sera très utile pour affronter la lourde tâche qui lui revient d’assumer. Il lui faut donc doter le pays d’une équipe gouvernementale compétente , cohérente et déterminée à engager les réformes attendues. C’est pourquoi nous considérons que les anciens ministres ne sauraient être associés à la nouvelle équipe gouvernementale. Nous pensons que leur présence ne pourrait être que mal ressentie par une opinion impatiente de voir mise en place une politique différente de celle suivie au cours de ces dernières années. Mais Monsieur BENKIRANE saura t-il nous entendre ?

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